Les Livres – Images et extraits
► Couleur Burkina (2011)
156 pages couleur sous jaquette
Photographie : Yves Regaldi
Textes : Armand Spicher
«Tout est bon pour apprivoiser l’eau, pour s’attirer ses faveurs »
Une danse. Un élan sensuel qui unit la main et le liquide. Comme un chant joyeux. L’eau tirée des entrailles de la terre jaillit et répand son murmure de vie. Chaque goutte qui s’écoule est un espoir, presque un miracle. Eau fraicheur, eau désaltérante, eau nourricière, qui déborde d’une cruche, remplit un bidon, une bassine multicolore. Ballet immuable, gestes mille fois répétés qui rythment les jours et les saisons, qui disent la force et la volonté de vivre. De ces récipients improbables s’écoule l’âme du Burkina. De ces puits monte la plainte des ancêtres. Chaque goutte est une victoire sur le sort. C’est pour ça que les femmes rient, que les enfants dansent et s’éclaboussent. Parce que l’eau est un don de Dieu.
Armand Spicher
► Mana Wana (2010)
172 pages couleurs sous jaquette
Photographie : Yves Regaldi
Textes : Armand Spicher
Mana Wana
Un mot. Plus qu’un mot, une incantation. Une porte ouverte à toutes les rencontres, à tous les possibles. Formulation magique aux mille secrets, toujours à interpréter, toujours à réinventer. Infinie comme ce pays, profonde comme son âme.
J’aime ce mot…
Yves qui sillonne depuis douze ans ce pays, qui fige chaque instant dans une éternité.
Yves, le photographe, aime ce mot…
Guilou Sama, l’ami burkinabé, notre âme dans ce périple.
Guilou Sama, l’artiste, le philosophe.
Guilou, l’homme libre, aime ce mot…
Mana Wana… C’est une formule simple et chaleureuse: « Comment ça va ? »
Mot d’accueil, mot d’échange, porte ouverte vers l’autre. Entrée en matière faite de politesse, de respect. Invitation. Ce n’est pas pour rien que les Mossi en ont fait la pierre angulaire de leurs relations.
Comment ça va la famille ? Comment ça va la santé ? Comment ça va les affaires ? Comment ça va ta vie ? Le champ du possible est infini, magie du Burkina. La réponse est toujours la même, rituelle : Yel ka bé…
Bien ! La famille va bien et la santé, ça va aussi, et les affaires, elles vont bien…
On est en Afrique, on est au Burkina, ce mot insondable comme un regard appelle à tisser des liens. Petite porte entrouverte vers quelque chose à construire.
Mana Wana… Qui pourrait tout aussi bien dire : « C’est comment ? »
C’est comment ta vie ? C’est comment chez toi ? C’est comment ta vie sentimentale, tes parents, ton quotidien ? C’est comment ton histoire en ce moment ?
En Afrique, le seul temps qui existe est l’instant présent. Manière particulière de porter de l’attention et manière personnelle d’exprimer de l’intérêt. Toujours ce sens du respect. Toujours cette volonté de signifier à l’autre qu’il est unique. Main tendue, invitation à le découvrir dans la totalité de sa personne et de son univers.
Mana Wana… Qui veut dire aussi : « Y’a quoi ? »
Y’a quoi de nouveau chez toi ? Y’a quoi dans ta vie, dans ta façon d’être ? Y’a quoi chez toi qui te caractérise, qui fait de toi quelqu’un que je veux saluer ?
Autre expression du désir d’aller plus loin. Autre façon de marquer de l’intérêt et de la déférence. Autre invitation à se dévoiler, à faire un pas supplémentaire vers la connaissance de l’autre.
Mana Wana… Qui peut aussi avoir des accents empreints de gravité : « Et tes problèmes, tes difficultés? »
Formule subtile s’il en est. Porteuse de compassion. Manière de montrer qu’on sait. La vie de l’autre, dans tout ce qu’elle peut avoir de secret, de douleur, ne m’est pas étrangère. Je te souhaite bonne chance.
C’est peut-être le sens qui me parle le plus. Au Burkina, sans doute plus qu’ailleurs, la vie est dure, faite de combats à mener. Ces combats intérieurs et extérieurs qui font partie d’une tradition ancestrale et font grandir les gens, comme dirait Guilou… Ces moments pas faciles qui, en montrant qu’on accorde de l’intérêt à l’autre, signifient que chacun a ses démons à terrasser.
Mana Wana… Guilou dit avec son éternel sourire que c’est un mot qui « travaille » les Burkinabé. Il n’a pas un sens, il est un sens. Il est la main tendue du Burkina et en Afrique, chaque instant est différent du précédent comme le ciel en éternel mouvance.
Armand Spicher





